Chapitre 13-2 – Guérisseur
Harel : Pourquoi venez-vous me consulter ? Je sais, votre apparence physique vous déplait profondément, et vous voulez que j’arrange ça.
Décurion : Mon aspect extérieur ne me dérange pas. Si je viens c’est pour mon camarade Gron, qui a besoin de soins afin de soigner les conséquences fâcheuses du coup sur la tête qu’il a pris.
Harel : Le meilleur remède que je possède contre les séquelles d’un traumatisme crânien vous coûtera cinq mille pièces d’or.
Décurion (étonné) : Fichtre, qu’est-ce qui justifie ce prix extrême ?
Harel : Mon médicament contient des ingrédients très onéreux, tels que des dents de dragon et de la poudre de mandragore.
Décurion : Quelle est votre médication soignant les effets des coups sur la tête la moins chère, s’il vous plaît ?
Harel : La poudre d’arposa que je vends vingt pièces d’or.
Décurion (désemparé) : C’est la tuile, je n’ai que dix pièces d’or. Et j’ai dû sérieusement batailler avec mon maître, pour qu’il consente à me donner cette somme.
Harel : Qui est votre employeur ?
Décurion : Le sorcier Rintam.
Harel : Vous pouvez vous estimer heureux, que Rintam vous ait donné dix pièces d’or, c’est le roi des radins. Il affiche un sourire quand il entend le son or, et fait grise mine dès qu’on lui parle de dépense. Ecoutez, vous m’êtes sympathique alors je vous propose un marché. Allez dans la forêt à côté de Xapar, ramassez au moins dix fruits d’arposa, et en échange je vous fais une grosse réduction. Je consens à vous vendre mon remède contre dix pièces d’or.
Décurion (reconnaissant) : Merci beaucoup monsieur.
Harel : De rien, je vous dis à tout à l’heure.
Harel le guérisseur envoya Gron le gobelin et Caius le décurion vers la forêt des embuscades. Seuls des groupes solidement armés et dotés d’un effectif nombreux pénétraient généralement dans les bois. En effet ceux-ci abritaient plusieurs bandes de voleurs, des meutes de loups habitués à manger de la chair humaine, et surtout des centaines d’orques batailleurs.
Une escouade de cinquante soldats qui restait plus d’une journée dans la forêt pouvait être décimée. Plusieurs tentatives furent faites pour nettoyer la forêt, mais elles échouèrent toutes. De sombres forces protégeaient les habitants des bois, la magie noire saturait certains coins de la forêt.
Il y avait même une source très célèbre dans les bois, qui donnait force et énergie aux sorciers. Rintam venait parfois se baigner dans les eaux de la source, pour bénéficier d’une remise en forme, qui accroissait ses chances de réussite de sorts.
Harel en réclamant vingt pièces d’or pour un remède à base d’arposa, faisait de gros profits. L’arposa étant une plante qui se monnayait une pièce d’or pour dix kilos. Le guérisseur aimait avoir de grosses marges de bénéfices. Ainsi il faisait dans le pire des cas, cent pour cent de profits. Ses produits phares lui rapportaient plus de dix mille pour cent de bénéfices. Autrement dit il adorait escroquer ses clients, par exemple il prétendait devoir compter sur des ingrédients onéreux, pour soigner ses patients. Mais en fait ses préparations se composaient surtout de farine, de sel, et de poivre.
Le guérisseur donnait un goût particulier à ses créations culinaires, en recourant à des sorts. La plupart des ingrédients d’Harel servait surtout à donner du goût. Le guérisseur savait soigner, mais il n’avait nul besoin de potions ou d’onguents dans la majorité des cas. Généralement il lui suffisait de réciter une formule et de puiser dans sa force magique pour guérir ses clients.
Décurion : Gron faites attention cette forêt contient des bandits. Alors s’il vous plaît, ne vous éloignez pas trop de moi.
Gron : J’ai compris, oh un morceau de viande abandonné, cela tombe bien j’ai faim.
Décurion : Non Gron ne touchez pas ce gigot, il a dû être abandonné par un chasseur ! Soit la viande contient une substance soporifique, soit il y a un piège camouflé qui attend ceux qui essaient de manger cette viande.
Gron : Merci décurion, mais je veux manger, et je me sens chanceux. Donc il ne peut rien m’arriver.
Décurion : Puisque la manière douce ne marche pas, essayons la forte.
Caius le décurion donna une baffe à Gron. Il n’était pas un partisan inconditionnel de la violence, mais il sentait profondément irrité par les agissements de son camarade. Aussi il éprouva un certain enthousiasme à l’agresser physiquement.
Décurion : La prochaine fois que vous ne m’obéissez pas, vous aurez droit à deux gifles.
Gron (en colère) : Vous exagérez, n’oubliez pas que vous êtes depuis moins longtemps que moi un serviteur de maître Rintam.
Décurion : C’est vrai, mais je suis beaucoup plus efficace que vous. Tiens une buse dans le ciel. Gron non, ne touchez pas à la viande !
Gron : Ouah !
Gron se retrouva suspendu en l’air, et la tête en bas, car il déclencha un piège assez simple. Il marcha sur un nœud coulant fait en corde qui s’enroula autour de sa jambe. Le traquenard était camouflé par des feuilles. Le gobelin hésitait sur la marche à suivre pour se tirer d’affaire. Il pouvait enflammer avec un sort de feu la corde au risque de se brûler lui-même, ou bien envoyer des éclairs sur l’arbre afin de le faire tomber, provoquant ainsi une possibilité sérieuse d’être écraser lui et le décurion par un chêne massif. Il y avait bien la solution de compter sur le couteau de Caius afin de minimiser les périls. Mais Gron ne la trouvait pas assez spectaculaire.
Il se dit qu’il pourrait faire les deux en même temps, prendre le risque de se cramer le corps, et de déclencher une chute d’arbre potentiellement mortelle. Plus il réfléchissait plus il se disait qu’il avait des idées épatantes. Il optait pour des solutions assez dangereuses, car il pensait que le spectaculaire était une marque de prestige utile pour son maître, Rintam. Heureusement un regard terrible du décurion incita Gron à se limiter à quelque chose de moins dangereux que prévu, à compter surtout sur la lame courte de Caius.
Gron : Détachez-moi s’il vous plaît.
Décurion (mécontent) : J’ai bien envie de vous laisser la tête en bas une ou deux heures, avant de revenir vous chercher. Vous pourrez méditer sur votre stupidité.
Gron (implorant) : Pitié, je promets de vous obéir scrupuleusement en toute chose aujourd’hui. Ne me laissez pas dans cette position, je commence déjà à me sentir mal.
Gron épuisait son camarade Caius le décurion. Il avait aujourd’hui le don de déclencher des catastrophes, ou d’atterrir dans des pièges. Ainsi il faillit perdre la main à cause d’un piège à ours, il ne trouva rien de mieux que de tenter de réveiller un dragon endormi réputé pour détester les gobelins. Il fut à deux doigts de faire un bras d’honneur à un chef orque. Bref Gron accumula les gaffes à une vitesse record, Caius s’avérait à deux doigts de pleurer, tellement les bévues du bêta lui portait sur le système.
Malgré la vigilance du décurion, son compagnon le gobelin faillit signer son arrêt de mort, à cause d’un péril qui tuait des centaines voire, des milliers de personnes chaque année. Ce danger ne courait pas, ne disposait pas de crocs ou de griffes, mais il tuait plus de personnes que les loups et les vipères. Il n’avait aucune volonté malveillante, ni plan machiavélique, mais il envoyait au cimetière ou à l’hôpital de nombreux gens.
Son action s’avérait souvent sournoise, si un individu attendait que les premiers symptômes néfastes commencent pour se soigner, il prenait de gros risques, s’exposait souvent au mieux à une longue convalescence. Certains adeptes amateurs de sensations fortes, en consommaient un peu, quand ils ne pouvaient se fournir en drogues.
Il suffisait d’en mettre un dans son panier de denrées, pour en contaminer tout le contenu. De plus il prenait de temps à autre l’aspect de choses bonnes à manger pour les humains. Le danger auquel s’exposa Gron était les champignons vénéneux, il faillit ingérer une dizaine d’amanites tue-mouches.
Quatre heures après avoir pénétré dans la forêt, le décurion fut alerté par une odeur, qui se propageait dans les bois remplis d’herbes vertes. Caius commençait à redouter de tomber sur le danger de trop, le péril qui signifierait son arrêt de mort.
